Prépa IFiP

ENVIRONNEMENT ADMINISTRATIF — Module 3

Institutions, organisation administrative et statut de l'agent public

Épreuve visée : QCM, thème I « Environnement administratif, économique et financier ». Ce thème est le plus lourd du QCM. Il sert aussi directement à l'oral, où le jury attend d'un futur cadre A qu'il sache où il se situe dans l'appareil d'État. Statut des sources : visas [VÉRIFIÉ] sauf mention contraire.


1. La hiérarchie des normes

1.1 Le bloc de constitutionnalité

Le Conseil constitutionnel a intégré au bloc de constitutionnalité, outre le texte de 1958, le Préambule de 1946, la Déclaration de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. Cette extension résulte de la décision Liberté d'association du 16 juillet 1971, qui est la décision fondatrice du contrôle de constitutionnalité substantiel en France.

Limite. L'élargissement du bloc a transféré au juge constitutionnel un pouvoir d'appréciation considérable sur des normes rédigées en termes très généraux. C'est le reproche classique du « gouvernement des juges », qu'il faut savoir exposer sans le trancher.

1.2 L'échelonnement

Rang Normes
1 Bloc de constitutionnalité
2 Traités et accords internationaux régulièrement ratifiés (art. 55 C.)
3 Lois organiques, puis lois ordinaires et ordonnances ratifiées
4 Principes généraux du droit, de valeur infralégislative
5 Règlements : décrets, puis arrêtés ministériels, préfectoraux, municipaux

Le point qui départage les copies. L'article 55 place les traités au-dessus des lois, sous réserve de réciprocité. Mais la Cour de justice de l'Union affirme la primauté du droit de l'Union y compris sur les constitutions nationales, tandis que le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel maintiennent la suprématie de la Constitution dans l'ordre interne. Cette divergence n'est pas résolue. Une bonne réponse la présente comme telle, en précisant le point de vue adopté, plutôt que d'affirmer une hiérarchie unique.


2. Le pouvoir exécutif et le pouvoir réglementaire

2.1 La répartition des rôles

Article Contenu
Art. 5 C. Le Président veille au respect de la Constitution et assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics
Art. 20 C. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation
Art. 21 C. Le Premier ministre dirige l'action du Gouvernement et exerce le pouvoir réglementaire

Piège classique. L'article 21 confie le pouvoir réglementaire général au Premier ministre, non au Président. Le Président ne signe que les décrets délibérés en conseil des ministres et les ordonnances.

2.2 Le domaine de la loi et celui du règlement

L'article 34 énumère limitativement les matières relevant de la loi, dont « l'assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toutes natures ». L'article 37 pose que tout ce qui n'est pas du domaine de la loi relève du règlement.

C'est une inversion par rapport aux Républiques précédentes : la compétence de droit commun appartient désormais au règlement.

Limite. En pratique, cette inversion a été largement neutralisée. Le Conseil constitutionnel n'a jamais fait de l'article 34 une barrière rigide, et le législateur intervient couramment dans le domaine réglementaire sans que cela soit censuré.


3. L'organisation administrative

3.1 Trois notions à ne jamais confondre

Notion Mécanisme Qui décide
Centralisation Décision prise au centre L'État à Paris
Déconcentration Décision prise localement par un agent de l'État L'État, par son représentant territorial
Décentralisation Décision transférée à une personne morale distincte La collectivité, par ses élus

La formule qui fixe la distinction : déconcentrer, c'est rester dans l'État, avec la même main mais un bras plus long. Décentraliser, c'est confier à une autre main.

Visa. La déconcentration est organisée par le décret n° 2015-510 du 7 mai 2015 portant charte de la déconcentration, qui pose que la déconcentration est la règle générale de répartition des attributions au sein de l'État.

3.2 Autorités administratives et publiques indépendantes

Loi n° 2017-55 du 20 janvier 2017 portant statut général des AAI et des API.

La différence est unique et tient à un seul critère : l'API dispose de la personnalité morale, l'AAI n'en a pas et agit au nom de l'État. Les deux échappent au pouvoir hiérarchique.

Limite. L'indépendance organique n'emporte pas l'indépendance réelle. Les moyens budgétaires et les modalités de nomination des membres demeurent des leviers d'influence, et la loi de 2017 a précisément cherché à rationaliser un ensemble devenu hétérogène.

3.3 Le préfet

Représentant de l'État dans le département, dépositaire de l'autorité de l'État, il a la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois (art. 72 al. 6 C.). Il dirige les services déconcentrés de l'État.

Point d'attention pour la DGFiP. Les services de la direction générale des Finances publiques relèvent d'une organisation propre, sous l'autorité du directeur départemental ou régional. L'articulation avec le préfet obéit à des règles particulières, notamment en matière de gestion comptable des collectivités.


4. Les missions de l'administration

4.1 Le service public

Trois principes traditionnels, dits lois de Rolland :

  1. Continuité — le service ne s'interrompt pas. Fondement de l'encadrement du droit de grève et du service minimum.
  2. Égalité — traitement identique des usagers placés dans une situation identique. Corollaire de l'égalité devant la loi.
  3. Mutabilité, ou adaptabilité — le service s'adapte à l'évolution des besoins. Il n'existe aucun droit acquis au maintien d'un service dans sa forme antérieure.

Piège récurrent. La gratuité n'est pas un principe du service public. De nombreux services publics sont payants sans la moindre irrégularité.

Des principes complémentaires se sont ajoutés, neutralité, transparence, qualité, accessibilité, sans que leur valeur juridique soit systématiquement équivalente à celle des trois lois classiques.

4.2 La police administrative

Police administrative Police judiciaire
Finalité Prévenir un trouble Réprimer une infraction commise
Critère Finalité préventive Finalité répressive
Juge compétent Juge administratif Juge judiciaire

La police administrative générale vise l'ordre public, classiquement défini par la trilogie sécurité, tranquillité, salubrité (art. L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales). Les polices spéciales portent sur des objets déterminés et obéissent à des régimes propres.

Limite. Le critère finaliste se brouille dans les opérations mixtes, où une même intervention prévient et réprime. La jurisprudence retient alors la finalité prédominante au moment du fait générateur, ce qui laisse une marge d'appréciation.


5. Les relations entre le public et l'administration

Le code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur en 2016, a rassemblé des règles auparavant dispersées.

5.1 Le principe « silence vaut acceptation »

Article L. 231-1 du CRPA. Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation.

Mais l'exception est massive. L'article L. 231-4 et les décrets pris pour son application prévoient de très nombreux cas où le silence vaut au contraire rejet, notamment lorsque la demande ne tend pas à l'adoption d'une décision individuelle, en matière financière, ou lorsque l'acceptation serait incompatible avec un engagement international.

Formulation qui distingue une copie : le principe est l'acceptation, mais le champ des exceptions est tel que l'inversion annoncée en 2013 n'a produit qu'un effet limité. C'est un cas d'école de réforme dont l'affichage dépasse la portée.

5.2 Motivation et accès aux documents

L'obligation de motiver les décisions défavorables est posée aux articles L. 211-2 et suivants du CRPA. Le droit d'accès aux documents administratifs, issu de la loi du 17 juillet 1978, y est également codifié.

Limite propre à la DGFiP. Le secret fiscal constitue une exception forte au droit d'accès. Il protège les informations relatives à la situation des contribuables et s'impose à l'agent indépendamment de toute demande de communication.


6. Le statut de l'agent public

6.1 Le cadre

Le code général de la fonction publique, issu de l'ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021, est entré en vigueur le 1er mars 2022. Il codifie à droit constant les quatre lois statutaires antérieures, dont la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

6.2 Les obligations, et l'art de ne pas les confondre

Obligation Porte sur Origine
Dignité, impartialité, intégrité, probité Le comportement général Code général de la fonction publique
Neutralité et laïcité L'exercice du service Code, renforcé par la loi du 20 avril 2016
Secret professionnel Ce que la loi protège Code, et art. 226-13 du code pénal
Discrétion professionnelle Ce qu'on apprend dans l'exercice des fonctions Code
Obligation de réserve La manière de s'exprimer, y compris hors service Jurisprudentielle, sans définition légale
Obéissance hiérarchique L'exécution des instructions Code, avec réserve de l'ordre manifestement illégal

Les trois qu'il faut savoir distinguer en une phrase chacune. La réserve encadre le ton et la forme. Le secret protège ce que la loi désigne. La discrétion couvre ce qu'on découvre au travail.

L'exception d'ordre manifestement illégal. L'agent doit se conformer aux instructions de son supérieur, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Les deux conditions sont cumulatives, et le seuil est volontairement élevé.

Limite. L'obligation de réserve n'ayant pas de définition légale, son étendue s'apprécie au cas par cas, en fonction du rang, des fonctions et de la publicité donnée aux propos. Cela pose une question de prévisibilité au regard de la liberté d'expression.

6.3 Les droits

Rémunération après service fait, formation, protection fonctionnelle contre les attaques subies dans l'exercice des fonctions, droit syndical, droit de grève encadré.

La protection fonctionnelle est un droit à retenir pour l'oral : la collectivité publique est tenue de protéger l'agent contre les menaces et attaques dont il est l'objet à l'occasion de ses fonctions, et de réparer le préjudice qui en résulte.

6.4 La déontologie

La loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires a introduit le référent déontologue, que tout agent peut consulter, et encadré les situations de conflit d'intérêts.

Le contrôle des mobilités vers le secteur privé relève désormais de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, la commission de déontologie ayant été absorbée.

Ce que le jury attend réellement à l'oral. L'arrêté du 1er juillet 2024 parle de « mises en situation visant à évaluer le savoir-être ». Réciter la liste des obligations quand on vous demande d'arbitrer une situation est hors sujet. Ce qui est valorisé : savoir qualifier la situation, identifier ce qui relève de vous et ce que vous remontez, et ne jamais rester seul face à un cas grave.


7. Auto-évaluation

  1. Distinguez déconcentration et décentralisation, et donnez le fondement de chacune.
  2. Le principe « silence vaut acceptation » a-t-il la portée que son intitulé suggère ?
  3. Distinguez secret professionnel, discrétion professionnelle et obligation de réserve.
  4. À quelles conditions un agent peut-il refuser d'exécuter un ordre ?
  5. Qu'est-ce qui distingue une AAI d'une API ?
  6. Pourquoi la gratuité n'est-elle pas un principe du service public ?
  7. Quelle est la portée réelle de l'inversion opérée par les articles 34 et 37 de la Constitution ?

Grille : visa exact 4, définition cardinale 3, mécanisme 4, limite 4, structure 3, concision 2.


SOURCES

  • Constitution du 4 octobre 1958 : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000006071194
  • Code des relations entre le public et l'administration : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGITEXT000031366350
  • Code général de la fonction publique : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGITEXT000044416551
  • Loi n° 2017-55 du 20 janvier 2017 (AAI et API) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000033897475
  • Loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 (déontologie) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032433852
  • Décret n° 2015-510 du 7 mai 2015 (charte de la déconcentration) : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000030565497

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